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L’accessibilité web, c’est la capacité d’un site à être compris et utilisé par tout le monde, quelles que soient ses capacités physiques, sensorielles ou cognitives. Ce n’est pas un sujet réservé aux grandes entreprises : une personne malvoyante qui veut prendre rendez-vous chez son kiné, un senior qui agrandit le texte sur sa tablette ou un client qui navigue d’une main sur son téléphone sont tous concernés.
Selon l’édition 2023 du « Handicap en chiffres » de la DREES, 6,8 millions de personnes de 15 ans ou plus vivant à domicile (13 %) déclarent au moins une limitation sévère dans une fonction physique, sensorielle ou cognitive. Un site qui les exclut se prive d’une partie de sa clientèle.
Ce que dit la loi depuis juin 2025
La directive européenne sur l’accessibilité (European Accessibility Act)
La directive (UE) 2019/882, souvent appelée European Accessibility Act, s’applique depuis le 28 juin 2025. Elle couvre une liste précise de produits et de services, parmi lesquels les services bancaires, les transports de voyageurs, les livres numériques, la téléphonie et le commerce électronique, comme le rappelle la page de la Commission européenne consacrée à l’EAA.
En France, elle a été transposée par l’article 16 de la loi n° 2023-171 du 9 mars 2023, comme l’indique la fiche d’information publiée par le Gouvernement sur handicap.gouv.fr.
La directive définit les services de commerce électronique comme des services fournis à distance, par sites web ou applications mobiles, à la demande du consommateur, en vue de conclure un contrat. Concrètement, une boutique en ligne est concernée ; un site vitrine qui présente votre activité sans vente en ligne n’entre pas dans cette définition.
Qui est exempté ?
La directive exempte les microentreprises qui fournissent des services (article 4, paragraphe 5). Une microentreprise est, selon l’article 3, une entreprise qui emploie moins de 10 personnes et dont le chiffre d’affaires annuel ou le total du bilan annuel n’excède pas 2 millions d’euros.
Autrement dit :
- un artisan seul avec une petite boutique en ligne est exempté ;
- un commerce de 12 salariés qui vend en ligne est concerné, même avec un chiffre d’affaires modeste ;
- l’exemption est un droit, pas une interdiction : les autorités encouragent les microentreprises à appliquer quand même les exigences.
Pour les services déjà en place avant juin 2025, la directive prévoit une période de transition, jusqu’en 2030 au plus tard pour certains cas. Les nouveaux services, eux, doivent être conformes dès leur lancement.
Et pour les organismes publics et les grandes entreprises ?
Un régime plus ancien existe en parallèle. D’après le champ d’application publié sur le site officiel du RGAA, les organismes publics, certaines structures privées chargées d’une mission de service public et les entreprises dont le chiffre d’affaires en France dépasse 250 millions d’euros doivent rendre accessibles leurs sites, intranets et applications.
Les principes de base : les WCAG
La référence internationale, ce sont les règles pour l’accessibilité des contenus web (WCAG) du W3C. La version la plus récente est la WCAG 2.2, publiée en octobre 2023. Elles reposent sur quatre principes :
- Perceptible : l’information doit pouvoir être perçue par au moins un sens (texte alternatif pour les images, sous-titres pour les vidéos, contrastes suffisants).
- Utilisable : le site doit pouvoir être parcouru au clavier, sans piège ni délai trop court.
- Compréhensible : textes clairs, formulaires explicites, comportement prévisible.
- Robuste : le code doit fonctionner avec les technologies d’assistance (lecteurs d’écran, plages braille, logiciels de grossissement).
Chaque critère a un niveau : A, AA ou AAA. Le niveau AA est celui visé par les réglementations. En France, ces règles sont déclinées dans le Référentiel général d’amélioration de l’accessibilité (RGAA), qui compte 106 critères de contrôle.
Les gestes concrets pour un site plus accessible
Structurer le contenu
Un titre principal par page, des sous-titres hiérarchisés (H2, H3), des listes quand il y a des listes. Les personnes qui utilisent un lecteur d’écran naviguent souvent de titre en titre : une page bien structurée leur permet de trouver l’information en quelques secondes. Une navigation claire, avec des menus cohérents d’une page à l’autre, profite à tout le monde.
Décrire les images
Chaque image porteuse d’information doit avoir un texte alternatif qui dit ce qu’elle montre et à quoi elle sert : « Salle de bain rénovée avec douche à l’italienne » plutôt que « IMG_2045 ». Les images purement décoratives, elles, doivent avoir un texte alternatif vide pour être ignorées par les lecteurs d’écran.
Soigner les contrastes et la taille du texte
Un texte gris clair sur fond blanc est difficile à lire pour beaucoup de monde, surtout en plein soleil sur un téléphone. Vérifiez le contraste de vos couleurs avec un outil en ligne, et assurez-vous que le texte peut être agrandi à 200 % sans casser la mise en page.
Rendre tout utilisable au clavier
Essayez de parcourir votre site uniquement avec la touche Tab : vous devez voir où vous êtes (un contour visible sur l’élément actif) et pouvoir ouvrir le menu, remplir le formulaire de contact et valider. Si vous restez bloqué, une partie de vos visiteurs aussi.
Écrire des liens et des boutons explicites
« Cliquez ici » ou « En savoir plus » ne veulent rien dire hors contexte. Préférez « Demander un devis pour une rénovation » ou « Voir nos tarifs de dépannage ».
Rendre les formulaires compréhensibles
Chaque champ doit avoir une étiquette visible (pas seulement un texte grisé dans le champ qui disparaît à la saisie), et les messages d’erreur doivent dire précisément quoi corriger.
Sous-titrer les vidéos
Les sous-titres servent aux personnes sourdes ou malentendantes, mais aussi à tous ceux qui regardent une vidéo sans le son, dans les transports par exemple.
Les erreurs fréquentes à éviter
- Les « surcouches » d’accessibilité : ces widgets ajoutés en un clic qui promettent de rendre un site conforme ne corrigent pas les problèmes de fond (structure, formulaires, navigation au clavier). Ils ne remplacent pas un site bien construit.
- Le texte dans les images : un visuel avec un slogan ou des horaires écrits dessus est illisible pour un lecteur d’écran et ne s’agrandit pas correctement.
- Les carrousels automatiques : ils défilent trop vite, sont difficiles à mettre en pause et gênent la lecture.
- Les CAPTCHA visuels seuls : ils bloquent les personnes malvoyantes.
Tester et faire vivre l’accessibilité
Les outils automatiques (extensions de navigateur, rapport Lighthouse de Chrome) détectent une partie des problèmes, comme les contrastes insuffisants ou les images sans texte alternatif. Mais ils ne voient pas tout : seul un test manuel (navigation au clavier, essai avec un lecteur d’écran) permet de vérifier qu’un parcours fonctionne vraiment.
L’accessibilité ne se règle pas une fois pour toutes. Chaque nouvelle page, chaque nouvelle image ajoutée par l’équipe peut introduire un problème. Un audit régulier de votre site permet de repérer ces dérives avant qu’elles ne s’accumulent. Et le plus simple reste d’y penser dès la création du site : corriger après coup coûte toujours plus cher.
Un site accessible est aussi, le plus souvent, un site mieux référencé : une structure claire, des textes alternatifs et des liens explicites aident les moteurs de recherche à comprendre vos pages.
Sources
- Directive (UE) 2019/882 relative aux exigences en matière d’accessibilité applicables aux produits et services – EUR-Lex
- European Accessibility Act (EAA) – Commission européenne
- Directive européenne relative aux exigences en matière d’accessibilité des produits et services : fiche information consommateurs – handicap.gouv.fr
- Champ d’application des obligations – RGAA, accessibilite.numerique.gouv.fr
- Référentiel général d’amélioration de l’accessibilité (RGAA) – DINUM
- Règles pour l’accessibilité des contenus Web (WCAG) 2 – Vue d’ensemble – W3C WAI
- Le handicap en chiffres – Édition 2023 – DREES
Questions fréquentes
Mon site vitrine doit-il être accessible depuis juin 2025 ?
La directive européenne vise des services précis, dont le commerce électronique. Un site vitrine qui présente votre activité sans vendre en ligne n’entre pas dans la définition du commerce électronique. Si vous êtes un organisme public ou une entreprise de plus de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires, d’autres obligations s’appliquent.
Je suis artisan avec une boutique en ligne : suis-je concerné ?
Si votre entreprise emploie moins de 10 personnes et que votre chiffre d’affaires ou votre bilan annuel n’excède pas 2 millions d’euros, vous êtes une microentreprise au sens de la directive et vous êtes exempté pour vos services. Rendre votre boutique accessible reste toutefois recommandé : vous ne perdez pas de clients pour une simple question d’ergonomie.
Un plugin d'accessibilité suffit-il à rendre mon site conforme ?
Non. Les widgets qui ajoutent des boutons « agrandir le texte » ou « contraste élevé » ne corrigent pas une structure mal faite, un formulaire sans étiquettes ou un menu inutilisable au clavier. L’accessibilité se construit dans le code et dans les contenus.
Comment savoir si mon site est accessible ?
Commencez par deux tests simples : parcourez votre site uniquement au clavier, puis lancez le rapport Lighthouse dans Chrome. Pour une évaluation sérieuse, un audit manuel basé sur les critères du RGAA ou des WCAG est nécessaire.
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